L’antiquité grecque et latine plaçait auprès des sources ses lieux sacrés. Cette tradition s’est maintenue dans les premiers temps du christianisme, et c’est non loin d’une fontaine, au fond d’un riant vallon de la montagne de Graolèra que se trouve, à trois kilomètres environ d’Ille.. l’ermitage de Saint-Maurice.

Dès le XIIIème siècle, un document des archives de l’Hôpital, dont il a été question à propos des donations faites à l’établissement mentionne Saint-Maurice. Dans son testament de juillet 1242 Bertrand d’IIIe rappelle que son père avait déjà donné à l’Hôpital diverses pièces de terre, dont deux in adjacentia sancti Mauricii de Graolera. C’est par ces dispositions testamentaires que nous est révélée pour la première fois l’existence de Saint-Maurice dont l’origine est par conséquent antérieure à cette date. Dans d’autres actes du XIIIème et du XIVème siècles, il est également question de terres confrontant le territoire de Saint­Maurice.

Il est de tradition que saint Maurice, chef de la légion thébaine, ait séjourné dans le Languedoc. Cependant les plus anciens goigs ne font pas état du séjour de saint Maurice dans le vallon au milieu duquel s’élève l’ermitage et où la foule accourt le jour de la fête du saint et surtout le lundi du Rosaire..


Le terroir entourant la chapelle appartenait à l’abbaye de Saint-Michel-de-Cuxa, ainsi qu’il ressort d’un acte du 1 janvier 1576. A cette date, les terres que l’abbaye possédait à Graoléra furent données en acapte à perpétuité à la communauté des prêtres d’Ille. L’abbaye de Saint-Martin-du-Canigou était, elle ,aussi, propriétaire de biens avoisinant la chapelle. A son tour, le 22 janvier 1599, elle les donna à bail emphytéotique à la Révérende communauté. Cet acte fut renouvelé le 6 octobre 1699.
En 1590, d’après l’abbé Bonet, une bulle pontificale aurait accordé une indulgence de sept ans aux pèlerins de Saint-Maurice qui après s’être confessés et avoir communié, venaient prier dans la chapelle.
Au début du XVIIème siècle, la chapelle était en ruines. Elle fut reconstruite. Le 18 ,juillet 1647, Joseph de Vivés, qui gérait l’évêché d’Elne pendant la vacance du siège, autorisa le clergé d’Ille à benedicare et sanctificare juxta formam ritus l’église nouvellement construite in heremitia sancti Mauricii. La cérémonie eut lieu le 22 août de la même année, en présence des consuls et de tout le clergé .
Cette nouvelle chapelle n’offre rien de particulier. Elle renferme les reliques de saint Reparat et de saint Parfait, ainsi que celles de saint Pie et de saint Simplicien.
Le Livre vert conserve le récit d’une procession solennelle en l’honneur du Christ de la chapelle Saint-Maurice. En 1715, la sécheresse sévissant dans le pays, les consuls d’Ille demandèrent à la communauté des prêtres d’Ille d’aller chercher à l’ermitage le Sant.Christo de la chapelle et de le transférer processionnellement à l’église Saint-Etienne, afin d’appeler sur les récoltes la pluie bienfaisante.

 

Les prêtres syndics de la communauté n’accédèrent pas à cette demande, mais l’indignation de la population fut telle qu’ils durent résigner leurs fonctions, et d’autres syndics, favorables à cette requête, furent nommés à leur place.
La procession eut lieu; le Sant Christo fut transporté à l’élise Saint-Etienne où des prières furent dites tous les jours en présence des contraries des mestiers. Au bout de vingt jours, une pluie abondante se répandit sur le pays. Le Christ fut ramené à l’ermitage suivant le même rite ; la procession se termina à la hera del cupellans, et huit prêtres accompagnèrent la vénérable image jusqu’à la chapelle.
Après cette date, aucun document particulier n’a attiré l’attention sur Saint-Maurice, et il faudra arriver jusqu’à la Révolution pour trouver des événements affectant l’ermitage.

L’histoire de Saint-Maurice tient donc en quelques lignes

Bibliographie : Emile & Léon Delonca, Un village en Roussillon